Cheveux et eau calcaire : couleur qui vire, cheveux ternes, et ce que le calcaire ne fait pas

Cheveux et eau calcaire : couleur qui vire, cheveux ternes, et ce que le calcaire ne fait pas

Vous sortez de chez le coiffeur avec une couleur nette. Trois semaines plus tard, elle a viré au cuivré ou s'est ternie, alors que vous utilisez un shampoing pour cheveux colorés. Le produit n'est pas forcément en cause.

Ce qui se dépose sur la fibre

Le cheveu n'est pas une surface lisse. Sa cuticule est faite d'écailles qui se soulèvent quand le pH augmente, ce qui est le cas au contact d'une eau calcaire et d'un shampoing alcalin.

Les ions calcium et magnésium se logent alors entre ces écailles et s'y accumulent lavage après lavage. Sur des cheveux longs, qui subissent parfois trois ans de douches sur les pointes, la charge minérale devient mesurable.

Trois conséquences visibles.

La lumière ne se réfléchit plus de façon régulière sur une cuticule chargée de dépôts. Le cheveu paraît terne, même propre, même après un soin.

Le toucher devient rêche, surtout sur les longueurs. Beaucoup de gens l'attribuent à des cheveux abîmés et augmentent les masques, ce qui alourdit encore.

Les pigments de coloration se fixent moins bien et s'éliminent plus vite, parce que la cuticule ne se referme pas complètement.

Le cas particulier des blonds et des colorations froides

Le virage vers le cuivré, le doré sale ou le vert selon les cas ne vient pas seulement du calcium.

Les canalisations anciennes libèrent du fer et parfois du cuivre. Ces métaux se déposent sur la fibre et s'oxydent, exactement comme la rouille. Sur un cheveu blond, décoloré ou balayé, la teinte vire visiblement en quelques semaines. Sur un cheveu foncé, le phénomène existe mais reste invisible.

C'est pour cette raison que les coiffeurs coloristes recommandent un shampoing chélatant plutôt qu'un shampoing pigmenté à ce moment-là. Le premier retire les métaux, le second ne fait que masquer.

Le rôle du chlore

Le chlore résiduel du réseau, maintenu autour de 0,3 mg/L en sortie de réservoir et au moins 0,1 mg/L en bout de réseau, est une dose faible. Sur une douche isolée, l'effet est négligeable.

Sur des cheveux longs lavés quatre fois par semaine pendant des années, l'exposition cumulée compte. Le chlore agit sur les liaisons protéiques de la kératine et sur les pigments, naturels comme artificiels. Les nageuses le savent : le vert des blondes en piscine relève du même mécanisme, à des concentrations bien plus élevées.

Pourquoi votre shampoing solide ne mousse pas

Le reproche revient partout dans les avis, et dans une bonne partie des cas le produit n'est pas en cause.

Il existe deux familles de shampoings solides, visuellement identiques et chimiquement très différentes. Les shampoings saponifiés, fabriqués comme un savon à partir d'huiles et de soude, ont un pH alcalin entre 9 et 10. Les syndets solides, formulés avec des tensioactifs doux, sont ajustés autour de pH 5.

C'est la première famille qui pose problème en eau dure. Le savon réagit avec le calcium et forme des sels insolubles, le savon calcaire. Une partie du produit est consommée avant d'avoir lavé quoi que ce soit, d'où l'absence de mousse. Et le composé formé ne se rince pas : il se dépose sur la fibre et donne cette sensation cireuse persistante.

Sur une eau à 8 degrés français, en Bretagne, le même produit fonctionne parfaitement. Sur une eau à 35 degrés français en Île-de-France, il est très difficile à utiliser.

Un mot sur la fameuse période de transition de six semaines, censée correspondre à un rééquilibrage du cuir chevelu. L'explication est douteuse : les glandes sébacées ne réagissent pas au type de tensioactif. Ce qu'on observe pendant ces semaines, c'est le plus souvent l'accumulation de savon calcaire. La preuve pratique : un rinçage vinaigré fait disparaître la sensation en un seul lavage.

Cheveux qui regraissent en vingt-quatre heures

Le sébum est produit sous contrôle hormonal, et aucun shampoing ne change ce paramètre. En revanche, trois choses accélèrent la sensation de cheveux gras.

L'eau trop chaude fluidifie le sébum, qui se répartit plus vite sur les longueurs. Lavez tiède, rincez frais.

Le rinçage incomplet, cause la plus sous-estimée. Sur une eau calcaire, le savon calcaire rince mal et reste sur la fibre. La plupart des gens rincent moins d'une minute alors qu'il en faudrait deux à trois sur cheveux longs.

Le soin appliqué trop haut. L'après-shampoing et le masque se posent des mi-longueurs aux pointes, jamais sur le cuir chevelu.

Le calcaire fait-il tomber les cheveux ? Non

Il n'existe pas de donnée établissant que l'eau calcaire provoque la chute des cheveux. Les sites qui l'affirment vendent en général un adoucisseur ou un filtre. Nous vendons aussi un pommeau filtrant, et c'est précisément pour cela qu'il nous paraît utile de le dire clairement.

La chute vient du follicule pileux, une structure vivante située sous le cuir chevelu et vascularisée. L'eau de rinçage n'y accède pas. Le calcaire agit sur la tige, c'est-à-dire sur la partie morte du cheveu.

Une étude in vitro publiée en 2016 dans l'International Journal of Trichology a comparé des mèches traitées à l'eau dure et à l'eau distillée. Les auteurs ont observé une modification de la texture, sans effet significatif rapporté sur la résistance à la casse. Ce sont des données de laboratoire, sur des mèches, pas sur des cuirs chevelus vivants.

Ce qui alimente la confusion : casse et chute ne sont pas la même chose. Un cheveu tombé porte à sa base un petit bulbe blanchâtre visible à l'œil nu. Un cheveu cassé n'en a pas.

Une chute réelle, avec raréfaction visible, relève du dermatologue. Les causes fréquentes sont l'alopécie androgénétique, l'effluvium télogène deux à quatre mois après un facteur déclenchant, une carence en fer documentée par un dosage de ferritine, ou un trouble thyroïdien. Aucune ne se règle en changeant de pommeau de douche.

Les cinq gestes qui changent réellement quelque chose

Le rinçage final à l'eau tiède, pas chaude. L'eau chaude maintient les écailles ouvertes et favorise le dépôt. Quinze secondes suffisent à changer le rendu à la lumière.

Un shampoing chélatant une fois par mois. Il contient un agent complexant, souvent de l'EDTA ou du gluconate, qui capte les ions métalliques et minéraux. Une fois par mois suffit, davantage assèche.

Un rinçage acide si vous tenez à votre savon saponifié : une cuillère à soupe de vinaigre de cidre dans un demi-litre d'eau. L'odeur disparaît en séchant.

Espacer les masques. Sur cheveux chargés en minéraux, les soins riches se déposent par-dessus au lieu de pénétrer.

Réduire la charge à la source. Filtrer l'eau au pommeau agit sur le chlore, les particules de rouille et une partie des minéraux, avant qu'ils n'atteignent la fibre. C'est le seul des cinq gestes qui joue en amont plutôt qu'en réparation.


Pour savoir si votre eau fait partie du problème, commencez par notre article sur la dureté de l'eau en France.

Source citée : Srinivasan G et al., International Journal of Trichology, 2016.